Relais

Munib Younan

Munib Younan, évêque de l’Eglise luthérienne en Jordanie et en Terre Sainte, Président de la Fédération luthérienne mondiale, a été accueilli par notre église début mars 2016 pour une conférence et un culte. Voici un extrait de son témoignage :
« Aucune religion n’a le monopole de l’extrémisme. Le problème n’est pas le judaïsme, ni le christianisme, ni l’islam. Le problème, c’est quand certains individus qui prétendent parler au nom de Dieu (ou qui cherchent à prendre la défense de Dieu) agissent de manière contraire aux enseignements qui sont au coeur même de leur religion. Comme l’a dit Charles Kimball : « Quoi que puissent dire des gens religieux sur leur amour de Dieu ou sur la mission de leur religion, quand leur comportement à l’égard des autres est violent et destructeur, quand il est source de souffrance pour ceux qui sont leurs prochains, vous pouvez être sûrs que la religion a été corrompue et qu’il y a un urgent besoin de réforme. » (in : When religion becomes evil : Five warning signs).
Ou, comme il est écrit en 1 Jean 4,20 : « Quiconque prétend aimer Dieu, tout en haïssant un frère ou une soeur, est menteur. Car qui n’aime pas son frère ou sa soeur qu’il a vu ne peut pas aimer Dieu qu’il n’a pas vu »
C’est exactement cette corruption de la religion qui nous aveugle aujourd’hui et qui nous empêche de voir Jésus à l’oeuvre dans le monde qui nous entoure. Quand nous sommes mis au défi et que nous avons du mal à aimer les étrangers qui sont au milieu de nous, il nous faut regar-der à Christ et à ses bras ouverts sur l’humanité entière, avec tous les pécheurs, y compris nous-mêmes et tous les réfugiés.
Je parle de toutes ces choses avec passion et souci parce que je suis moi-même un réfugié palestinien. Je suis né dans la vieille ville de Jérusalem où mes parents ont cherché refuge après avoir dû quitter leur maison à Beer Sheva. Je possède tou-jours une carte de réfugié de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche Orient (UNRWA).

Quand j’étais enfant à Jérusalem, j’ai fréquenté l’école Martin Luther et nous sommes allés au culte à l’église luthérienne. Nous étions pauvres et n’avions rien à manger, et c’est l’Eglise luthérienne qui s’occupait de nous ; elle nous offrait des vêtements et du lait au chocolat comme nourriture. Nous étions des personnes déplacées qui essayaient de construire une nouvelle vie et les luthériens de Jérusalem nous ont donné un foyer et le sentiment d’avoir une place dans la société. Plus que cela encore : c’était l’église luthérienne qui nous a permis, à travers l’éducation qu’elle nous a donnée, de voler de nos propres ailes et d’être capables de nous engager pour la justice et une vie meilleure, pas seulement pour nous-mêmes mais aussi pour les autres.
Aujourd’hui, je dis merci à l’Eglise luthérienne qui a accueilli à bras ouverts, dans l’amour du Christ, cette famille de réfugiés que nous étions alors.

Les églises en France ont la même occasion aujourd’hui d’apporter un changement dans la vie des réfugiés. Je vous le deman-de : s’il vous plaît, ne vous contentez pas de juste les tolérer. Donnez-leur une éducation. Donnez-leur les moyens de se pren-dre en main. Aimez-les. Donnez-leur les outils nécessaires pour rentrer un jour chez eux et construire des nouveaux Etats-nations où règnent les droits de l’homme, la liberté de la parole, la liberté de religion, le droit de tous de vivre selon leurs orientations sexuelles. Donnez-leur de l’espérance. Permettez-leur de voir Jésus en vous, chrétiens et Eglises de France. Chers soeurs et frères en Christ, je veux vous encourager dans les luttes que vous avez à vivre. Ne perdez pas courage. Souvenez-vous que la croix n’est jamais un signe de faiblesse, mais toujours un signe de force. Souvenez-vous que vous êtes le sel de votre société. Vous êtes le levain dans la pâte. »

Avec les paroles de Munib Younan, nous pouvons entendre cet appel de partager l’espérance et le courage et de continuer à être le sel de notre société et le levain dans la pâte pour donner un avenir à toutes et tous.

Pasteur Petra Magne de la Croix


Consultez également l’article : http://sainte-aurelie.fr/2016/03/munib-younan-a-strasbourg/